Musique !

Chez « les témoins oculistes », les photographies d’Anne De Gelas sont accrochées à hauteurs et distances variables comme autant de notes sur une portée invisible. En noir et blanc ou en couleur, elles ponctuent le silence des murs blancs d’intensités changeantes. Selon leur rapprochement, le visiteur les prend par deux, en tierce, voire en un phrasé complet, mais toujours, il lui est loisible de les faire tinter longuement, en solo, à la manière du « la » sur le diapason. L’ensemble est mélodieux, plein de légèreté et un brin mélancolique. Il rappelle tout à la fois les comptines d’une enfance révolue et les ritournelles en demi-ton de Nino Rota.

Le bonheur est là, mais aussi fragile que la mémoire qui l’inspire. Les souvenirs de parents attendrissants, d’un cirque rouge ou des voyages ensoleillés ne sont que les étincelles d’un quotidien fatiguant En témoignent les carnets de vie de l’artiste, présentés parmi quelques autres, à l’étage du magasin « le bonheur » (tiens, tiens !) au centre ville. Deux lieux donc, en miroir pour ce face à soi tout féminin où se confirme la musique jamais le même, mais reconnaissable entre toutes d’Anne De Gelas.

Jean-Marc Bodson