Anne De Gelas, Inquiétante intimité, dans le silence d’un cri.

Sur une intimité qui m’inquiète… Suite, proposition énigmatique d’Anne De Gelas pour l’été de la Photographie, prolonge et complète l’exposition du même nom présentée l’an passée.

S’entremêlent dans les carnets intimes d’Anne De Gelas des écrits, dont la musique intérieure explore les répétitions, les silences, les ellipses, les énigmes et les provocations de certains nouveaux romans ; aussi des dessins et des esquisses, des objets-fétiches et des images du quotidien souvent floues et décadrées, évanescentes, comme disparues déjà. Max, le fils de deux ans et huit mois, et T., le père, incarnation de l’amour, sont des présences récurrentes. Le corps et le visage de l’artiste, pris dans la tourmente du temps imprimant ses marques au-dehors comme au-dedans de soi, inlassablement sont questionnées, avec pudeur. Et les rêves nocturnes, dont le resouvenir nourrit le cheminement intérieur de l’artiste, de s’exposer dans la pénombre feutrée d’espace clos.

« un bonheur sans vacance tapisse les murs-écrins »

Seize pages des carnets intimes, complétées de polaroïds, ont été choisies avec T.. S’y retrouvent les leitmotivs de la vie d’une femme, prise entre la maternité et la bulle de plénitude construite avec les siens. Réunira-t-on jamais assez d’images, malgré la pléthore du trop plein, pour évoquer les instants partagés, si vite oubliés, qui font la saveur d’une vie ? Plutôt que maquiller leur finitude, Anne De Gelas assume la perte, la disparition annoncée des traces du passé, vouées à disparaître. Construits par strates, jouant à cache-cache, les souvenirs contenus jour après jour dans ses carnets, agrandis et punaisés aux murs pour les besoins de l’exposition, affichent autant les doléances de l’artiste que sa jubilation.
Leur matière souffre, se transforme, s’efface et mourra sans avoir tout dit.

Christine De Naeyer
L’Art Même n°32